vendredi 18 septembre 2026

Le cheval figé


Un fier roussin, superbe et plein d'ardeur
Qui chaque jour galopait avec bonheur
Aperçut sur la plage, immobile et dressé
Un drôle de canasson tout en bois flotté
Le vrai cheval lui demanda de plus haut 
Ce qu'il faisait là sans foin et sans sabots 
Tu ne cours jamais dans les vastes plaines
Ta carcasse est figée et ta vie semble vaine
Moi, on me brosse, on me soigne, on m'envie
Tandis que sous le vent ton vieux corps se flétrit
Le cheval de plage, l'œil fixe et très serein
Lui répondit alors, sans l'ombre d'un chagrin
Oui, certes, je ne cours pas, je reste ici
Mais aucune facture salée ne me poursuit
Point de veto ni de maréchal-ferrant
Je vis de rayons de soleil et de l'air de l'océan
Si un cavalier ose grimper sur mon échine
Une sacrée écharde fessière le vaccine 
Je ne coûte aucun sou, je ne crains aucun mors
Ma liberté de bois vaut bien tous tes efforts. 

La morale:
Mieux vaut rester immobile et libre de tout soin
Que courir le monde en payant cher son foin.

Publié par Martine Pelletier